Optimiser la gestion des déchets en altitude

AMPeak au Refuge des Cosmiques : l'ingénierie au service de la gestion des déchets en altitude

Écrit par : Lagoped

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Il y a des projets d'ingénieurs qui finissent dans un rapport. Et d'autres qui finissent accrochés à une paroi, montés à pied par l'arête à Laurence jusqu'au Refuge des Cosmiques. Timothée, Tristan, Tilio et Louis font partie de la deuxième catégorie.

Quatre étudiants, un problème concret

AMPeak est né d'une conviction simple : l'ingénierie peut servir la montagne. Timothée Pierrel et Tristan Le Metayer, en deuxième année aux Arts et Métiers de Châlons-en-Champagne, et Tilio Kreel et Louis Valentin, en troisième année, se sont réunis autour d'un projet associatif qui allie leur formation et leur passion pour la haute montagne.


Le point de départ : appeler le Refuge des Cosmiques pour leur demander ce qui pourrait les aider concrètement. Pas une liste de souhaits idéaux, mais une vraie conversation sur ce qui pose problème au quotidien. La réponse est venue rapidement : la gestion des déchets en altitude.

La gestion des déchets en altitude : la guerre du volume

En haute montagne, les déchets ne descendent pas d'eux-mêmes. Selon les refuges, les alpinistes les redescendent dans leur sac, les gardiens les portent à pied, ou un hélicoptère fait la rotation. Dans tous les cas, la contrainte n'est pas tant le poids que le volume. Une canette vide ou une bouteille plastique prennent autant de place qu'une pleine. Multiplié par une saison entière de passage, ça représente des sacs en quantité.


L'idée d'AMPeak pour optimiser la gestion des déchets en altitude : diviser ce volume par 2 à 6 grâce à des écraseurs mécaniques adaptés aux conditions de la haute montagne. De 5 ou 6 sacs poubelles encombrants, on passe à 1 ou 2. Ce n'est pas spectaculaire sur le papier. En refuge, c'est exactement le genre de détail qui change le quotidien des gardiens.

"En refuge, ce qui fonctionne, c'est la somme de petits détails pratiques."

Deux machines, deux logiques de conception

Les contraintes de l'altitude ont dicté chaque choix de fabrication. Pas d'électricité, pas de pneumatique, pas d'hydraulique : tout devait fonctionner de façon purement mécanique. Et tout ce matériel pour opitmiser la gestion des déchets en altitude devait être monté à pied jusqu'à 3 613 mètres.

Gestion des déchets en altitude écrase canette
Projet de réduction du volume dans la gestion des déchets en altitude
Conception d

Un écrase canettes

L'écrase-canettes repart sur la base des modèles existants, une glissière en tôle, mais entièrement repensé pour la robustesse. La tôle passe de 1,5 à 3 mm d'épaisseur. Une deuxième poignée est ajoutée sous la première pour éviter que le système ne se torde si l'utilisateur n'appuie pas parfaitement à la verticale : quand on est fatigué après une nuit en altitude, le geste n'est pas toujours précis. Les variantes qui écrasent la canette au pied ont été écartées dès le début : en refuge, la promiscuité est grande et les projections au sol sont un vrai risque.

Un écrase bouteilles

L'écrase-bouteilles a demandé une réflexion différente. Une structure entièrement métallique aurait été trop lourde à acheminer. La solution : des pièces imprimées en 3D avec un remplissage à 70 %, pour le ratio poids/résistance, et des bielles découpées dans de l'acier de 6 mm par électroérosion, un procédé de précision extrême qui permettait de travailler des matériaux de récupération. Si une pièce casse en pleine saison, les gardiens peuvent la remplacer sans intervention extérieure.

L'envers du projet : 18 mois pour quelques semaines d'usinage

La partie purement technique a pris quelques semaines. Tout ce qui l'entoure a pris 18 mois.

Créer l'association, gérer l'administratif, trouver des financements, lancer des cagnottes, contacter des fournisseurs, concilier tout ça avec les cours et les partiels.

"Contrairement à d'autres projets étudiants repris d'année en année, nous partions de zéro."

Les machines de l'école n'étaient pas toujours disponibles. 

La poinçonneuse exigeait de saisir les lignes de code à la main : à chaque modification des dimensions, tout était à reprendre depuis le début. La plieuse ne déformait pas le métal exactement comme le prédisait le logiciel de CAO, ce qui imposait un ajustement continu des patrons pour obtenir les bonnes dimensions finales. Et gérer les jeux de fonctionnement, assez serrés pour un bon guidage, pas trop pour éviter les blocages, est resté un casse-tête jusqu'à la fin.


L'équipe s'est divisée naturellement : Timothée et Tristan sur place pour la fabrication, Tilio et Louis depuis leur campus de troisième année pour la CAO, le dimensionnement et les échanges avec les partenaires.

L'expédition : monter les machines à pied

Ascension au refuge des cosmiques par les étudiants AMPeak
Proejt Ampeak avec lagoped
Refuge des cosmiques ascension
Gestion des déchets la solution AMPeak
Projet AMPeak gestion des déchets en altitude

L'installation des machines pour une meilleure gestion des déchets en altitude, au Refuge des Cosmiques n'était pas qu'une livraison. Il fallait d'abord y arriver, avec les machines, par l'arête à Laurence. Une ascension technique, encordés avec des guides, à plus de 3 500 mètres d'altitude.

À cette hauteur, la luminosité est sans concession. Le rayonnement UV augmente d'environ 4 % tous les 300 mètres, et la réverbération sur la neige et les glaciers du massif du Mont-Blanc ne laisse aucune marge à l'improvisation. Les quatre étudiants ont porté les lunettes LAGOPEYE CAT4 en continu tout au long de l'expédition : pendant la marche d'approche, lors de l'ascension technique encordés, et sur la terrasse extérieure du refuge. 

Les LAGOPEYE CAT4 sont fabriquées et assemblées en France, avec une monture en plastique recyclé issu de chutes industrielles et des verres en polycarbonate upcyclé. Le pare-soleil amovible, caractéristique du modèle, est particulièrement adapté aux conditions de haute montagne où l'éblouissement vient autant du dessous que du dessus que sur les côtés.

Ce que ça change, concrètement dans la gestion des déchets en altitude

Le bilan de l'installation n'est pas une réduction du nombre de rotations d'hélicoptère : au Refuge des Cosmiques, ces rotations sont déjà optimisées, l'appareil monte des vivres et repart plein, souvent en faisant la tournée de plusieurs refuges. 

Mais si le problème vient du volume et non du poids, compacter les déchets réduit la taille des paquetages et limite leur balancement sous l'appareil. Et pour les gardiens, passer de cinq sacs encombrants à deux change le quotidien de la gestion des déchats en altitude, semaine après semaine.

La gardienne du refuge des Grands Mulets, qui demande aux alpinistes de redescendre leurs propres déchets, s'est montrée intéressée par le projet. La gestion des déchets en altitude reste un défi ouvert pour beaucoup de refuges. AMPeak n'a pas fini de monter.